19e pèlerinage du partage : mot d’ouverture par Gilles Rebêche

mot d'ouverture de Gilles Rebêche sur dilexi Te 19e pèlerinage du partage de la diaconie à cotignac 14 mars 2026

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19e pèlerinage du partage de la diaconie
Mot d’ouverture sur Dilexi Te par Gilles Rebêche

« C’est donc en se penchant pour prendre soin des pauvres que
l’Eglise assume sa posture la plus élevée. »

 

Le pape Léon XIV nous offre le cadeau d’une exhortation apostolique intitulée Dilexi Te, afin de nous stimuler pour être les uns et les autres des apôtres qui témoignent de l’amour des pauvres. Il nous fait confiance.

Il demande à toute l’Eglise universelle de répercuter sa parole, en particulier dans les diocèses à des groupes tels que ceux de la diaconie et de la Fraternité Saint Laurent. Il engage tous ceux qui ont le désir de se mettre au service des plus pauvres et de cheminer avec eux, ainsi que ceux qui sont eux-mêmes touchés par la précarité, qui ont de facto une expertise et sont capables de parler de l’injustice, de la détresse, de l’exil. Il faut entendre la voix des pauvres plutôt que de faire des théories sur la pauvreté.

Jésus a choisi comme apôtres des hommes et des femmes qui se pensaient surement, par moments incapables, pas à la hauteur, avec des problèmes personnels. L’Eglise ne cesse de nous rappeler que le seigneur a besoin d’apôtres. Les apôtres de l’Eglise, ceux que Jésus choisi, c’est nous tous, et c’est pour nous le rappeler que le pape a écrit cette « exhortation apostolique », c’est-à-dire littéralement « une lettre d’encouragement du chef des apôtres adressée à tous les apôtres ».

Tout à l’heure en écoutant les témoignages de Mohamed et Elise, je me disais qu’eux-mêmes, qui ont vécu l’un et l’autre des grosses galères, par le travail, par le logement, des difficultés familiales, ont malgré tout ça, entendu dans leurs cœurs les paroles de Jésus « Je t’ai aimé ! », ces paroles qui sont le titre de l’exhortation de notre pape. Même quand on est au fond du trou, qu’on n’a plus d’espoir, la présence de Jésus dans notre cœur nous donne une force incroyable.

Le texte du pape redonne de l’énergie en particulier à tous ceux qui vivent des épreuves, des galères et ceux qui les accompagnent qui ne sont eux-mêmes pas exempts de toutes ces difficultés.
Au début de son texte le pape nous parle de deux phrases dans la bible qu’il met en écho. La première est celle de Jésus qui dit « Les pauvres vous en aurez toujours » en réaction face à Judas qui s’énerve de voir qu’une femme gâche du parfum en le versant sur la tête de Jésus. Judas dit qu’il aurait mieux fallut donner cet argent pour les pauvres et Jésus répond cette phrase : « les pauvres vous en aurez toujours ». Il ne dit pas ça pour nous décourager, mais pour nous faire comprendre que l’amour des pauvres commence par admirer et contempler leur capacité à vouloir faire du bien même si c’est dans l’excès. Le geste de cette femme me fait penser à tous ces gestes d’affection disproportionnés que font les pauvres.

Je suis toujours impressionné quand je suis invité chez des gens qui n’ont rien, qui sont parfois dans des squats, qui ne savent pas comment sera demain par la façon généreuse qu’ils ont de me recevoir. Certains sont quand même là aujourd’hui dans ce pèlerinage du partage ; certains ne savent pas si ce soir ils auront un logement mais ils sont là aujourd’hui dans ce sanctuaire de Cotignac ; certains risquent d’être expulsés le 15 mars, mais ils sont là aujourd’hui dans cette église de Notre-Dame de Grâces ; c’est cela déjà la plus belle des grâces, tous sont comme cette femme qui a versé le vase de parfum pour dire à Jésus qu’ils l’aiment.

Dans sa méditation, le pape Léon XIV cite la deuxième phrase de Jésus, qui entre en écho avec la première : « Et moi je suis avec vous toujours, jusqu’à la fin des temps ». Le pape nous fait entendre ces deux phrases en stéréo pour nous dire que dans notre pauvreté, dans nos galères, dans nos difficultés, nous nous relevons avec le Christ, il nous rejoint.

Cela me rappelle les méditations de ma mère qui disait souvent : Quand on est en difficulté, on a une longueur d’avance sur les autres. Pour certains c’est simplement en vieillissant, en étant confrontés à la maladie, la vieillesse, la mort de leurs proches qu’ils comprennent qu’ils sont fragiles dans le monde et qu’ils ont aussi une forme de pauvreté. Ceux qui traversent des difficultés depuis toujours le savent et l’expérimentent, ils mettent leur confiance en Jésus.

L’amitié entre personnes différentes, que ce soit en termes de richesse, de milieux, d’expériences de vies est possible car chacun s’apporte mutuellement.

Lors du rassemblement diaconia 2013 à Lourdes tous les diocèses qui lançaient des diaconies se sont rassemblés autour du thème, qui est aussi dans l’exhortation apostolique : « Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à donner, personne n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir » : c’est la clé de la fraternité. C’est pour cela que ce pèlerinage du partage est là, pour nous le rappeler. Quand on a compris cela, on comprend que Jésus est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. A chaque fois que l’on fait des gestes de partage, que comme aujourd’hui malgré la pluie on essaie d’avancer ensemble, on retrouve ce que l’on appelle l’enthousiasme, c’est-à-dire la présence de Dieu en soi, malgré les épreuves, qui nous permet d’avancer.

L’enthousiasme c’est comme les essuis-glasses : ça n’empêche pas la pluie de tomber mais ça permet de voir la route et d’avancer.
Un pèlerinage c’est la même chose, ça n’empêche pas la pluie, ça ne résout pas tous les problèmes qu’on a, mais ça nous permet de nous rappeler que Jésus est avec nous tous les jours jusqu’à la fin. Souvent la pauvreté se manifeste par la honte, or Jésus vient nous inviter à nous libérer de la honte liée à nos difficultés, cette honte est ce qui nous empêche d’entrer en relation avec les autres et avec Dieu. Aujourd’hui nous sommes invités à retrouver l’enthousiasme en écoutant dans notre cœur la parole de Jésus qui nous dit : « Je t’ai aimé, je t’aime encore », ça nous permet de nous libérer de la honte et d’aller en confiance dans la rencontre des uns les autres. C’est l’objet de ce pèlerinage, c’est l’objet de l’aventure de la diaconie, c’est d’une certaine manière ce que le pape Léon XIV nous invite à faire dans Dilexi Te.

Il nous fait comprendre que dans nos sociétés, en particulier en Europe, même si son texte est écrit pour tout le monde, se vit ce qu’on appelle l’apartheid sociale. Dans nos pays, parfois les gens vivent côte à côte sans se rencontrer et sans se comprendre. L’objectif de cette exhortation apostolique ce n’est pas de nous faire un cours sur la doctrine sociale de l’Eglise, mais de nous inviter à la vivre ensemble.

D’abord le pape nous dit que si on lit les écritures, la bible, l’évangile nous verrons que la question de l’amour préférentiel pour les pauvres est toujours là. Si dans l’évangile, vous enlevez les malades, les pauvres, les étrangers il ne reste plus grand monde. Les rejetés font partie des amis de Jésus et ils sont le paysage de l’évangile.

Ce matin, même si on est tous un peu mouillés, on est comme une page d’évangile. Chacune de nos vies est une page de l’histoire sainte. Le pape dans Dilexi Te nous dit que notre histoire est encore plus sainte à chaque fois que nous osons entrer en relation avec les autres. Quand on lit la bible, il n’y a pas des gens parfaits, mais des gens compliqués, il y en a même qui font des crimes, qui sont menteurs, certains alcooliques, adultères et même assassins, ils font des guerres. C’est une histoire sainte, parce que ce n’est pas une histoire de gens parfaits mais une histoire d’hommes et de femmes, comme chacun d’entre nous, qui n’ont jamais désespérés de l’amour de Dieu. Ils n’ont pas désespéré de l’amour de Dieu, ni des autres, ni d’eux-mêmes.
Pour notre pèlerinage ici à Notre-Dame de Grâces, la première grâce qu’on va demander à la Sainte Vierge c’est de nous aider à ne pas désespérer de l’amour de Dieu, ni des autres, ni de nous-même.

Le pape continue dans Dilexi Te en nous disant que cet amour pour les pauvres c’est non seulement ce qu’il y a dans la bible mais c’est aussi ce qui a toujours été dans la tradition de l’Eglise. Les pères de l’Eglise en parlent dès les premiers siècles.

Vivre l’Eglise, c’est faire en sorte de mettre ensemble, malgré nos différences, l’amour de Dieu au centre de nos vies.

Cette exhortation apostolique nous rappelle que l’amour, et en particulier l’amour des plus pauvres, c’est la vocation de l’Eglise et de chacun.

Léon XIV se met dans la continuité de son prédécesseur le pape François mais aussi dans celle de Léon XIII qui a écrit sur la doctrine sociale de l’Eglise. Il actualise dans ce texte la pensée de l’Eglise avec les préoccupations actuelles : les guerres, les migrations, le climat, la mondialisation, l’intelligence artificielle, les maladies, … A chaque période il y a des préoccupations nouvelles qui nous obligent à réagir en continuant à lire la bible, à prier, à demander au Seigneur le discernement pour savoir ce qu’il faut faire pour répondre à ces choses nouvelles, qui sont un défi pour nous individuellement et collectivement pour toute la société.

L’exhortation a pour but de nous redonner de l’énergie, de l’enthousiasme pour ne pas baisser les bras et c’est l’objet de ce pèlerinage, on se met en route dans notre cœur et notre tête. « Pèlerinage du partage » au côté de Notre-Dame de grâce qui justement veut partager ses grâces avec nous.

C’est cette fraternité que je vous invite à essayer de vivre dans cette matinée lors d’un temps de partage en groupe mais aussi tout au long de cette journée. Bon pèlerinage !

 

Le samedi 14 mars 2026, au sanctuaire Notre-Dame de Grâces, Cotignac

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Dans le diocèse, la diaconie propose différentes initiatives pour rejoindre chacun au cœur de ses souffrances. Maladie, pauvreté, solitude, deuil ou exclusion sont autant de situations difficiles qui peuvent être vécues avec le Christ dans la fraternité, l’écoute, la compassion et la solidarité.

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