Thème 2 : Des gestes de simple humanité – Témoignage

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Rappel : pour chaque thème, on vous propose :

  • Un passage d’Évangile et une méditation proposée par l’un des groupes de partage de la Parole de personnes précaires
  • Un témoignage
  • Une invitation à une journée « Portes ouvertes » pour découvrir une réalité et des informations pratiques sur les autres visites proposées dans la crédenciale

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Thème 2 : DES GESTES DE SIMPLE HUMANITÉ

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TIPHAINE : des anges à l’hôpital !

Témoignage de Tiphaine : face à la solitude, la visite des aumôniers est un vrai réconfort

 

AXEL : De l’enfer de l’addiction à l’accompagnement et le soin de personnes addicts

 

Aux origines d’un parcours d’Espérance

« Lorsque j’ai accepté de livrer ce témoignage, j’étais décidé à évoquer quelques-unes des rencontres marquantes, ces dernières années, dans ma vie professionnelle.

Et il m’est impossible de parler de ceux que j’accompagne, sans parler de moi tant nos parcours sont intimement liés dans nos expériences communes et douloureuses vers l’addiction.

Il y a presque 10 ans, l’année de mes 40 ans, j’ai failli commettre l’irréparable, je dirai que physiquement j’ai souhaité m’effacer, consumé de l’intérieur par ma culpabilité, accablé par la honte que je ressentais et suscitais   jusque dans mon entourage proche, un geste fou, désespéré, qui viendrait mettre un terme à une décennie d’alcooldépendance et de toxicomanie, avec son cortège de souffrances et d’humiliations, et toutes les conséquences psychiatriques, professionnelles et sociales me paraissaient irréversibles. »

Une rencontre salvatrice

« Alors que j’étais atteint dans ma dignité même ; la providence a placé sur mon chemin une personnalité rare, une de celles qui vous accompagnent tout au long de votre vie, telle un phare ou une balise, et qui pose une question vertigineuse, celle de la dette que l’on contracte à l’endroit de celui ou de celle à qui l’on doit cette deuxième vie, celle de la renaissance. Le terme m’apparait aujourd’hui impropre et même offensant car l’intention première de cette soignante était authentiquement gratuite et, je l’apprendrais plus tard, guidée par la foi.

Et à tous ceux qui s’interrogent sur le comment de cette délivrance, je leur dirai d’abord que j’ai été soigné par un regard d’amour ; moi qui, autrefois, suscitais le mépris dans le regard de l’autre, j’ai fait l’expérience de la compassion dans ce qu’elle a de plus essentiel.

J’ai été respecté, entendu et compris dans ma souffrance ; je parle d’un regard de considération, de tendresse, exempt de tout jugement.

C’est ainsi que je me suis laissé guider, accompagner et soutenir, tel un enfant qui s’accroche aux bras de celui ou de celle qui l’accompagne dans ses premiers pas.

J’ai accepté l’idée insensée qu’une personne me prête sa confiance sans cesse renouvelée.

J’ai surtout compris que je n’étais plus seul sur le long chemin de la rémission et que j’avais surtout encore du prix aux yeux de certains.

Cette expérience du soin a été pour moi fondatrice dans ce qui allait devenir, quelques années plus tard, mon métier, accompagner des hommes et des femmes aux prises avec des addictions, en récitant, avec ma sensibilité propre, ce que j’avais expérimenté en tant que patient. »

De patient à soignant

« Alors, vous savez, les patients hospitalisés pour sevrage à l’hôpital Bichat, au contact des plus démunis au sein de la communauté thérapeutique des frères de St Jean, je suis, chaque jour, émerveillé de la confiance que l’on nous prête et de la place que certains me laissent occuper dans leur vie et dans leur cœur, le temps d’une rencontre furtive ou d’un accompagnement dans la durée.

En ma qualité d’ancien malade, l’exercice consiste à puiser dans mon expérience pour rejoindre le patient là où il se trouve dans son parcours, en respectant bien évidemment toujours cette question de la temporalité du soin qui a l’ambivalence la plus fragile et émouvante, je m’applique à créer les conditions favorables au développement de ce qu’on appelle l’alliance thérapeutique, pour mieux cheminer au côté de ceux et celles qui m’accordent leur confiance.

L’addiction est une maladie qui kidnappe le système naturel de récompense, annule une perte de contrôle et provoque à terme l’isolement.

Alors que l’espoir nous relie au monde terrestre, les produits ont pour propriété de faire taire les émotions qui nous traversent, nous déconnectant du monde réel et sensible pour nous couper d’une réalité inconfortable ou effroyable selon les cas.

Employée par le tribunal romain, plus précisément la condition d’esclave pour dette, celui dont le corps était mis à disposition du plaignant par le juge, saisi en gage d’une dette impayée ; ainsi, l’esclave était « addictus », affecté à tel maitre.

Lorsqu’on parle d’addiction, c’est donc bien d’une perte de liberté dont il s’agit, celle de s’abstenir de consommer.

L’addiction est une maladie du lien qui se soigne par le lien, ce que n’a de cesse de me répéter cette merveilleuse soignante. »

L’importance du lien social

« Aujourd’hui j’en fais l’expérience en acte, mettre les produits de côté, c’est refaire l’apprentissage du lien social, apprendre à considérer l’autre dans son altérité, accepter de cohabiter de nouveau avec ses émotions et c’est bien pour cette raison que les groupes de paroles sont un pilier du soin.

Les personnes addict ont souvent une fêlure qu’il est beau et bon d’effleurer et de partager ensemble. Entre adultes, malades ou guéris, on se reconnaît, on s’identifie, on s’apprécie mutuellement jusqu’à éprouver de la tendresse.

Avec l’abstinence, l’espoir renait au fur et à mesure que la qualité de vie s’améliore. C’est ce qui se passe, ce même espoir que j’entretiens avec mes pairs grâce à leurs ressources, celles que j’entrevois avant qu’eux-mêmes les découvrent, charge à moi de les aider, de les révéler; respecter la personne addict, c’est d’abord la surprendre, la considérer, c’est lui montrer qu’elle a encore sa place dans une société devenue hostile ; l’envisager c’est lui rendre sa dignité, l’aimer c’est l’accompagner sur le chemin du soin.

Sur le plan religieux, l’espérance telle que je la comprends, exprime cette partie de la foi qui se projette dans l’avenir.

Lorsque mon quotidien tournait autour de la recherche effrénée du produit, mon horizon se réduisait à ma prochaine dose, il n’y avait nulle place pour toute forme spirituelle.

J’ai le cœur sec, avouais-je un jour à ma thérapeute. »

L’Espérance au cœur de la guérison

« En démarrant ma mission, quelques années plus tard, au sein des maisons Lazare puis auprès de la communauté des frères de St Jean, j’ai reçu tellement d’amour et de reconnaissance que j’étais d’abord incrédule.

Si l’espoir est constitutif de mon parcours de soins, cet amour lui me donne chaque jour la force de croire en l’autre, il est une porte vers l’espérance et je voudrais conclure ce court témoignage par une petite phrase d’un théologien -alors que je suis croyant mais très peu catéchisé, et j’ai eu la chance de tomber sur cet ouvrage qui s’appelle « de la mélancolie » de Romano Guardini. Et l’addiction, c’est aussi pour moi et pour beaucoup d’autres profondément reliée à la santé mentale, cela fait partie de nos facteurs de vulnérabilité, donc la mélancolie est quelque chose qui m’intéresse et me touche profondément ; voilà comment Guardini ouvre son livre –  « La mélancolie est quelque chose de trop douloureux, elle s’insinue trop profondément jusqu’aux racines de l’existence humaine pour qu’il ne soit pas permis de l’abandonner aux psychiatres. » »

 

Témoignage recueilli par Nicolas Jeune lors de la session diaconie 2025 organisée aux Facultés Loyola « Leur Espérance ne déçoit pas » le 1er février 2025.

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