22 septembre 2026 : Inauguration du tiers-lieu saint Laurent lors de la soirée de rentrée de la diaconie

Inauguration tiers lieu saint laurent 22 septembre

Le tiers-lieu Saint-Laurent est inauguré

 

Après un été de chantier mené par plus de cinquante bénévoles, le tiers-lieu Saint Laurent a ouvert ses portes lors d’une soirée d’inauguration conviviale, placée sous le signe de la fraternité, de la culture et de la vie spirituelle.

 


Le tiers-lieu Saint-Laurent a été officiellement inauguré par Monseigneur François Touvet entouré de Sylvia Ill, pasteure de l’Église Réformée et du père Antoine, de la paroisse orthodoxe ukrainienne, en présence des associations, des bénévoles et des amis du lieu. Au fil de la soirée, les responsables et les bénévoles ont présenté l’histoire des lieux, les activités qui s’y déroulent et l’esprit qui les anime.

 

Un lieu au riche passé, réhabilité
Gilles Rebêche a ouvert la soirée en rappelant l’histoire du site :
« C’est ici qu’a démarré l’unité d’Hébergement d’Urgence du Samu Social, puis la Ressourcerie. C’est ici que se sont implantées les activités de l’association Kaïré, et que le Secours catholique a lancé ses activités culturelles. Il y a quelques mois, notre évêque nous a demandé de restituer la maison Notre-Dame de Lourdes, qui était le siège de la Fraternité Saint Laurent, car la paroisse de Saint-Cyprien devait y installer ses activités et y loger ses prêtres. Nous l’avons fait de bon cœur, même si cela a mis des bleus à l’âme. En discutant, il a fallu négocier. Nous nous sommes demandé où nous allions pouvoir nous retrouver pour toute l’activité d’animation spirituelle, les rendez-vous du collectif des morts de la rue, les réunions autour du partage de la parole de Dieu, et tous les repas avec les amis qui venaient. Après des recherches et des négociations, il a été proposé de réenchanter ce lieu.Nous remercions Kaïré et le Secours catholique d’avoir accepté d’élargir les murs. Cela a d’ailleurs été facile, car le terrain, qui était coupé en deux, a retrouvé son intégrité.

Je voudrais d’abord faire un très grand remerciement : plus de 50 bénévoles ont travaillé depuis cet été, au cours de plusieurs journées de travail, pour tout nettoyer, ranger, abattre les murs, ouvrir des baies vitrées, refaire marcher les toilettes et remettre l’électricité. Ce fut un gros chantier, mené tout l’été, majoritairement par des bénévoles, malgré la canicule. »

 

Qu’est-ce qu’un tiers-lieu ?
« Dans le langage officiel, le domicile c’est le premier lieu, le travail c’est le deuxième lieu, et le tiers lieu c’est un espace tiers qui n’est ni le domicile ni le travail où l’on apprend à vivre des choses en commun, à échanger et à faire des projets ensemble. Un tiers lieu et participatif, créatif et inventif. A l’heure de l’IA, l’intelligence relationnelle y est privilégiée.
En pensant à l’idée de tiers-lieu, je voyais parmi ces bénévoles des personnes qui n’avaient ni logement, ni travail. Ce sera un tiers-lieu béni, parce qu’il permet de créer de la fraternité avec des gens qui ont surtout besoin d’un endroit où ils sont reconnus pour leur talent, pour leur capacité de servir et de faire du lien avec les autres. »

 

Pourquoi Saint Laurent ?
« Vous l’avez compris, c’est d’abord parce que la Fraternité Saint Laurent s’est installée ici. C’est aussi parce que Saint Laurent est un peu le protecteur de la diaconie. Né avant la Réforme, au IIIe siècle, il avait été chargé par son évêque de gérer, à l’entrée de Rome, le soin et l’accueil des plus démunis. Il a été arrêté, car il intriguait l’empereur, qui voulait à tout prix récupérer les trésors de l’Église. Saint Laurent a demandé trois jours, comme une Pâque, pour les rassembler. Il a alors ramené tous ceux qui étaient fragiles, en difficulté, et a dit à l’empereur : “Voici les trésors de l’Église, ils ne font qu’augmenter.”
C’est pour cela que nous l’avons pris comme patron spirituel. Tout à l’heure, nous ferons un temps de prière dans un oratoire de plein air aménagé dans un coin du terrain. On y a hissé un vieux tronc travaillé, dans lequel on a placé une petite statue de Saint Laurent, offerte par la paroisse d’Ollioules, elle aussi dédiée à Saint Laurent, et réhabilitée par Édith O’Neill. »

 

Des hommages à ceux qui ont fait le lieu
« Parmi ceux qui ont énormément travaillé, celui qui a aussi fait le tronc mais surtout la majorité des travaux, c’est Antoine. Il est là, on peut l’applaudir. Franco, lui, voulait un beau costume, car il ne voulait pas qu’on l’applaudisse en short : il est allé s’habiller à la maison. On l’applaudira tout à l’heure, ainsi que son frère Salvatore, qui est là. Tout cela s’est fait sous la houlette de Ludo, qui a su rassembler les bénévoles, comme un chef de chantier, sur plusieurs journées.
L’un des principes du tiers-lieu, c’est la participation : donner la parole à tous ceux qui font déjà vivre cet espace. C’est un lieu qui s’ouvre à la créativité et à la nouveauté. Un orchestre d’amis du quartier m’a dit : “Nous cherchons un lieu de répétition, car nous voulons donner gratuitement des concerts dans les EHPAD.” Des chanteurs accueillis à Jéricho, et différents orchestres, peuvent aussi se retrouver ici. Ce lieu est fait pour apprendre à se rencontrer et à faire des choses ensemble, dans le sens de la beauté. »

 

Kaïré : se réjouir ensemble par l’art
Gilles a passé ensuite la parole à Véronique, la présidente de Kaïré n’étant pas présente :
« Kaïré veut dire “réjouis-toi”. C’est un espace où l’on essaie de se réjouir ensemble à travers la création artistique et l’expression : les clowns, le théâtre, les arts plastiques, la musique, la chanson, les sorties culturelles. Ce n’est donc pas triste ! C’est aussi un espace de diversité et de mixité sociale. C’est en priorité un lieu pour des personnes isolées, qui ont plus difficilement accès à la culture et à l’art, mais aussi pour tout un chacun, car nous voulons qu’il soit représentatif de la société. Ce qui nous rassemble, c’est notre goût pour l’art et l’expression artistique, dans une manière de vivre ensemble et dans une dynamique participative.
Il n’y a pas, d’un côté, les accueillis et, de l’autre, les accueillants : nous sommes tous adhérents de l’association. Chacun donne ce qu’il peut, ce qu’il veut, et apporte sa pierre avec ses forces et ses fragilités. C’est ce que nous essayons de vivre ici. Y arrivons-nous ? Quelquefois, oui. C’est un travail, qui n’est jamais acquis. »

 

Une famille en errance, faite d’objets récupérés
Gilles a invité chacun dans son discours à découvrir les lieux lors de la soirée :
« Allez voir le théâtre, les ateliers d’arts plastiques, et les nombreuses œuvres exposées dans le parc. J’ai été très ému par la composition d’une famille en errance, réalisée à partir de mannequins fabriqués avec des objets récupérés. Juste en face de ce tiers-lieu se trouve un lieu d’accueil pour des familles en errance, l’accueil DOMENSA. Ici aussi, il y a beaucoup de récup’. C’est une manière de dire, comme le pape François, que l’on lutte contre la société du déchet.
Tout le monde a des talents. Vous avez vu la phrase remise à l’entrée du tiers-lieu, la devise de Diaconia 2013 : “Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à donner. Personne n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir.” C’est ainsi que l’on crée du lien. »

 

Les Nezvangiles, la troupe de clowns
Gilles a ensuite présenté Martine, responsable de la troupe des Nezvangiles, qui a accueilli les invités à l’entrée pour la soupe de la Fraternité :
« Les Nezvangiles forment un groupe qui existe depuis le 10 août 2010. Nous travaillons à partir de textes bibliques ou de témoignages, parfois d’enseignements. À partir de là, nous faisons des improvisations et montons des spectacles ou des déambulations de rue, selon ce qu’on nous demande. Nous sommes d’ailleurs appelés en novembre par le diocèse de Lyon pour la journée des pauvres. Pour les réseaux Saint-Laurent, à Lourdes, nous avons été les coachs de l’espérance. »

 

La Fraternité Saint-Laurent : partager la parole
Marie-Hélène, modératrice de la FSL a pris la parole :
« Dans “Fraternité Saint-Laurent”, le mot principal est, je crois, fraternité, car c’est en frères et sœurs, que l’on soit en précarité ou non, isolé ou non. Nous aimons partager la parole, et la parole de Dieu nous donne du goût. Elle prend plein de formes : les évangiles sont mis en scène par des spectacles de clowns, et à Garéoult, au Puits, ils le font sous forme de poèmes. Chacun a sa façon de faire. Ici, on verra bien ce qui naîtra : tout ce que nous aurons envie de vivre, et les désirs qui seront là. »

 

Des repas et des groupes qui se retrouvent
Gilles a aussi rappelé une autre habitude de la Fraternité Saint-Laurent, celle des temps et repas conviviaux :
« Vous avez vu qu’aujourd’hui, on a livré des tables et des chaises, car différents groupes, comme Massabielle ou le groupe du lundi, ont l’habitude de se retrouver. Nous espérons qu’ils se retrouveront ici et s’y sentiront progressivement à l’aise. »

 

Le Secours catholique : créer du lien
Les activités culturelles du Secours catholique ont aussi leur place ici. Hélène Bernard les a présentés :
« Au-delà du secours matériel, financier et de l’aide juridique, il y avait au Secours catholique un besoin de créer du lien, de permettre aux personnes accueillies et aux bénévoles de se rencontrer dans un lieu sympathique, de faire des activités manuelles ou simplement d’échanger. Un atelier perles s’est créé, ainsi qu’un atelier jeux, qui a lieu tous les quinze jours. Nous espérons développer encore d’autres activités. »

 

La Gribouille : aller ensemble à la découverte
Gilles a poursuivi :
« Il y a aussi, à partir d’ici, des activités de découverte : aller ensemble voir des spectacles, écouter de la musique, du théâtre. C’est l’atelier de la Gribouille, qui permet de découvrir ensemble, car il n’y a rien de pire, quand on est seul, que de rester enfermé dans ses préoccupations et de ne plus trouver le goût à autre chose. »

Yann, qui fait partie du théâtre avec Véronique :
« Il s’agit de faire en sorte que les gens aillent voir des spectacles, en particulier au Liberté et à Châteauvallon, avec qui nous avons un partenariat d’association à caractère solidaire, qui propose le spectacle à 5 euros. Cela nous permet d’accéder au cirque, à la musique, au théâtre, aux clowns, avec un prix solidaire vraiment utile. Je note les personnes motivées pour aller voir un spectacle, puis je transmets à Sophie Catala, la référente au théâtre. On peut également aller voir des expositions et d’autres choses. »

 

Un tiers-lieu culturel et spirituel, ouvert à tous
Gilles a résumé l’esprit du lieu :
« L’idée, pour cette inauguration, était de vous donner quelques éléments de ce qui se passe ici, de ce qui pourrait continuer de s’y passer, et de ce qu’est un tiers-lieu : un lieu de participation, de cohésion sociale, d’amitié et de convivialité. Il a aussi ce côté particulier d’être un tiers-lieu d’animation culturelle et spirituelle. Dans la diaconie, il y a beaucoup d’activités : on sait nourrir les gens, les aider administrativement, faciliter le logement. Mais le plus précieux, c’est tout ce qui concerne l’animation spirituelle et culturelle.
Nous sommes heureux d’avoir ces grands platanes. On a besoin d’arbres pour respirer. Un tiers-lieu, c’est un lieu qui oxygène : le cœur, l’âme, l’esprit. C’est un lieu qui appartient au diocèse, un lieu de l’Église catholique, où l’on essaie de vivre ce que l’on appelle l’œcuménisme de la charité et de la fraternité. C’est aussi un lieu de rencontres interreligieuses, où viennent des amis musulmans, où l’on apprend à se retrouver avec des personnes non croyantes, et même des personnes de tradition bouddhiste. On essaie d’y vivre le respect, le vivre-ensemble et le partage en profondeur. »

 

Les espaces, entre jardin ombragé et projet d’avenir
Avant de découvrir les espaces, Gilles a passé la parole à Ludovic :
« Ce lieu revient d’assez loin, et nous en sommes très heureux. Le principal changement est ce grand espace vert remis en valeur : la grande nouveauté, c’est ce grand jardin ombragé. Je remercie spécialement Antoine, qui a eu beaucoup d’idées et a redonné de la lumière aux locaux. Ils étaient petits et sombres ; les pièces ont gagné en espace et en lumière. Ce que nous espérons maintenant, et cela dépend de vous, c’est que le lieu gagne en convivialité. Il était déjà convivial, mais nous espérons qu’il sera encore plus ouvert. Nous sommes très heureux que vous soyez tous là ce soir !
Ces locaux sont provisoires : nous avons le rêve d’imaginer, d’ici peut-être trois ou quatre ans, de nouveaux bâtiments. Vous voyez qu’il s’agit de deux préfabriqués de plus de 50 ans. Nous avons le projet d’un beau bâtiment convivial, mais nous voulons aussi prendre le temps de le construire ensemble, avec tous ceux qui auront rejoint l’aventure du tiers-lieu Saint-Laurent.
Franco, le travailleur des lieux, est un vieil ami. Il avait travaillé dans la cathédrale et fait les gros travaux du Saint-Cyprien il y a quelques années. Il était en arrêt maladie, et sa femme a dit : “Il tourne en rond à la maison, tu n’aurais pas des choses à lui faire faire ?” Il est venu tout l’été ici avec Antoine. Georgie, comme son nom l’indique, est géorgien : c’est un ami, il garde les lieux pour nous en attendant de régulariser sa situation. »

Les ingrédients de la soupe de la fraternité
« Voici les ingrédients de la soupe de la fraternité. On m’a dit que c’était Sylvia qui avait écrit ici : « Pour que la soupe de la fraternité fonctionne, il faut qu’il y ait une richesse de la différence. »
Vous pouvez nous donner d’autres ingrédients ? de l’enthousiasme, de la gourmandise, des petits pois mange tout, mais aussi des petits pois pleins de bonnes intentions. La joie de la fraternité pour que ça marche bien. L’écoute, beaucoup d’écoute et du rire, Du sourire pour la douceur. Du sel pour donner du gout et du piment pour pimenter la vie. »

 

Le ruban est coupé
Monseigneur Touvet à officiellement inaugurer le lieu avant que chacun, s’il le souhaite, se retrouve à l’oratoire sous les arbres pour un temps de prière. Monseigneur Touvet a invité tous les participants, à défaut d’un vrai ruban et de vrais ciseaux, à couper le ruban invisible ensemble, les doigts en forme de ciseaux :
« Bienvenue à tous dans ce tiers-lieu Saint Laurent ! Même si nous sommes dans le jardin, c’est la maison de tous, la maison pour tous, dans la joie et la fraternité, pour prendre une belle soupe, une bonne soupe qui fait grandir. Il faut que ce lieu grandisse toujours en accueillant tous nos amis qui ne le connaissent pas encore. Le tiers-lieu Saint Laurent est désormais ouvert, et bienvenue à chacun ! »

 

©Photos : Alain Vignal et Jean-Pierre Gaia


 

Retrouver l’interview de Gilles Rebêche sur RCF – Var (32 min 26 à 48 min 20)

 

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