Témoignage de Mohamed, pèlerin pour le jubilé des pauvres à Rome

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Témoignage de Mohamed

Jubilé des pauvres 2025

Pèlerinage à Rome 

 

Un chemin de conversion

Il faut se rappeler que mon choix spirituel, lors de ma conversion de l’Islam au christianisme, s’est fait d’une manière tout à fait naturelle. Primo, je n’ai été ni corrompu ni séduit par qui que ce soit pour embrasser le christianisme. Cela s’est manifesté comme une part de moi-même enfouie au fond de mon âme. Une voix me parlait depuis les profondeurs de mon être. Bien sûr, j’ai rencontré des personnes formidables qui m’ont accompagné humainement et fraternellement. Ensuite, tout s’est passé comme des sentiments déjà vécus, comme si, dans une autre vie, j’avais déjà été chrétien et catholique.

Après plusieurs épreuves sur mon cheminement spirituel, dans un monde en pleine évolution et plein de bouleversements, malgré les nombreuses tentations et les événements traversés durant cette période, je ne pouvais pas douter du choix que j’avais à faire. D’autant plus que lors de ma conversion, j’ai fait ce choix seul, en toute conscience, surtout à l’âge adulte. C’était comme une décharge d’un poids qui pesait sur mes épaules. Je me suis retrouvé en pleurs, comme un enfant qui réapprend à comprendre ou à marcher, à se positionner quelque part dans un nouveau monde.

 

« c’est maintenant » : vivre le jubilé de l’Espérance à Rome

Alors, le jour où j’ai reçu l’appel pour le pèlerinage à Rome, j’ai ressenti encore une fois cette même sensation, cette voix qui me parlait encore pour me dire :

« c’est maintenant »

Je n’étais pas seul. J’ai toujours eu des êtres magnifiques près de moi. La diaconie m’avait informé du déroulement du voyage et de l’accompagnement. Nous étions une belle délégation, de tous âges et de toutes classes sociales.

photo article groupe rome
Durant ce voyage, j’avais toujours ce sentiment fort en moi, comme un retour au bercail. En tout cas, je parle de ma petite personne. Mais ce qui était beau, c’était de voir que tout se passait de manière apaisante et satisfaisante, comme l’accomplissement d’un souhait. Jamais je n’aurais imaginé me retrouver à Rome pour un pèlerinage, encore moins au Vatican ou à la basilique Saint-Pierre.

Mes sentiments étaient tellement intenses que j’ai cru vivre dans un autre univers. Toutes les processions que j’ai faites avec le groupe se déroulaient d’une façon si fluide que je me demandais à quel point nous avions cette chance d’être parmi toutes ces personnes venues de partout, sans se connaître, mais réunies par une seule voix pour exprimer la même appartenance et la même croyance.

Je n’ai pas pensé à écrire tout ce que je ressentais ou pensais pendant ce voyage, mais j’ai appris une chose : tout le monde n’a pas la chance de vivre un tel pèlerinage avec foi et sincérité.
Il y avait des personnes de tous genres — des malades, des personnes avec des soucis personnels — mais le plus marquant, c’était la joie qui se lisait sur tous les visages. Ces personnes semblaient vivre un moment tant attendu, rempli d’espoir.

Au fond, je ne pensais plus à moi, mais plutôt à nous tous. Et je me disais dans mon cœur:
« Seigneur, je suis confiant que vous exhaussez les vœux de vos croyants et croyantes. Jamais je n’ai douté de ma foi et de mon amour pour vous. Seigneur Dieu le Père tout-puissant, qui m’avez donné la vie et la permission d’arriver jusqu’à Rome. Merci Seigneur Jésus-Christ. Aujourd’hui et tous les jours qu’il me reste à vivre, je vous louerai pour tous les bienfaits et pour la clairvoyance que vous nous donnez. »

Ensuite, ce qui m’a vraiment touché, c’est l’accueil du Vatican, l’organisation, mais surtout les représentants de toute l’Église. Il faut le vivre pour le croire.
Et la plus belle chose, c’est que le pape m’a fait ressentir, particulièrement dans les jardins du Vatican, que la foi, quand elle est pure, peut faire des choses inattendues. Elle prouve aussi qu’elle est réelle lorsque nous sommes sincères.

J’ai compris également qu’il existe des croyants bien au-delà de ce que nous imaginons, notamment outre-Atlantique. Les États-Unis, ce n’est pas seulement Hollywood ou ce que l’on voit à la télévision. Les enfants de notre Seigneur existent aussi là-bas, et la foi y a la même valeur qu’ailleurs. Son humilité, sa bonne humeur, sa vertu et surtout sa générosité dépassent tout ce que je connaissais jusque-là.

Mais l’exemple ne s’arrête pas là. Notre évêque, Monseigneur Touvet, ainsi que toute l’équipe de notre diaconie, ont porté ce pèlerinage comme de véritables missionnaires : attentifs, responsables et profondément bienveillants envers tout le monde. Ils ont su accompagner tous les pèlerins, quels que soient leur âge, leur condition physique ou mentale. Ce pèlerinage n’était pas une simple sortie touristique. Il était rempli de recueillement, de prières et d’intentions sincères pour que cette démarche soit bénéfique.

C’est à croire que même les anges étaient parmi nous.

Personnellement, depuis ce moment, un sentiment particulier s’est installé en moi : comme une libération absolue, une énergie nouvelle et réelle qui circulait à travers tout mon être.
Le moment le plus fort en fraternité et en partage fut le dimanche 17 novembre, après la messe, lorsque tous les pèlerins furent conviés au repas dominical dans les jardins du Vatican.
Rien que la foule avançant ensemble donnait l’impression d’aller vers une nouvelle terre, un lieu inconnu de tous. Tout le monde jubilait de joie et d’émerveillement. Peut-être aussi de voir ce jardin privé, rempli d’histoire, aujourd’hui ouvert pour nous par la grâce de Dieu à travers notre pape.

C’était comme une invitation à ouvrir notre esprit et notre cœur.

Pendant notre progression vers le jardin, ce qui était magnifique, c’est que tout le monde se soutenait. Les uns aidaient les autres. Les personnes invalides étaient accompagnées dans la montée par ceux qui pouvaient les pousser ou les soutenir. Chacun recevait de l’aide afin d’avancer sans trop de difficulté.

Et avant de commencer le repas, le pape lui-même est venu bénir la table. Nous étions dans un état de ferveur et de joie si intense que je ne savais même plus comment me tenir devant Sa Sainteté.
J’avais envie de chanter des chants afar de mon peuple, de m’exprimer à haute voix, mais la raison m’a rappelé à la discipline et au respect devant Sa Sainteté. Même dans la joie, la retenue était de mise.

Enfin, je me suis dit que ce moment était la continuité du travail intérieur que j’avais commencé. Et qu’aujourd’hui marquait le début de quelque chose à transmettre et à partager : cette foi que nous vivons avec tant d’amour et de bienveillance. La partager avec ceux qui veulent entendre, surtout avec les croyants sincères en notre Seigneur Jésus-Christ, sans rien attendre en retour, mais simplement pour partager, comprendre et souhaiter le meilleur aux autres. Afin qu’ils découvrent eux-mêmes que Jésus-Christ est bien réel, qu’ils peuvent trouver des réponses à leurs questions, mais surtout la paix dans leur être et dans leur âme.

 

© Photos : Bérénice Lamy et diaconie du Var

 

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